(Actualisé avec commentaires de JPMorgan, ING, IG France, UBS, Nomura, Pictet AM, Deutsche Bank Oddo BHF, Mirabaud)
L'alliance de gauche du "Nouveau front populaire" (NFP) est arrivée dimanche en tête du second tour des élections législatives anticipées en France, devant le camp présidentiel et le Rassemblement national de Marine Le Pen, un scénario inattendu qui dessine une Assemblée nationale sans majorité et divisée en trois grands blocs.
L'euro reculait dimanche dans les échanges en Asie après les premiers résultats.
* MISLAV MATEJKA, RESPONSABLE DE LA STRATÉGIE DES ACTIONS MONDIALES ET EUROPÉENNES CHEZ JP MORGAN À LONDRES
"Si ces élections anticipées ont accru les risques à court terme, elles pourraient réduire les risques à plus long terme, et elles ne changeront pas la donne pour la région.
"La structure institutionnelle est beaucoup plus solide actuellement que lors des premières crises de l'euro, et l'exemple des dernières élections italiennes montre que toute retombée devrait être gérable pour les marchés".
CLAUDIA PANSERI, RESPONSABLE DES INVESTISSEMENTS CHEZ UBS WEALTH MANAGEMENT FRANCE À PARIS
"Un Parlement sans majorité est probablement la meilleure issue pour les actions européennes, mais la volatilité pourrait rester élevée".
"Côté obligataire, les obligations souveraines françaises ne sont guère attrayantes. Au regard du ratio d’endettement élevé et en hausse, du déficit budgétaire conséquent et du coût de financement croissant, le crédit souverain français présente, en effet, des perspectives fondamentalement baissières".
JIM REID, STRATÉGISTE CHEZ DEUTSCHE BANK À LONDRES
"Le NFP a le programme budgétaire le plus agressif en termes de dépenses et d'impôts et le marché se méfiera d'une possible entrée du bloc au gouvernement, maintenant ou plus tard".
"Cependant, essayer de construire un gouvernement qui ait une quelconque stabilité semble être un projet très compliqué ce matin. La paralysie politique pour les 12 prochains mois semble être l'issue la plus probable".
PHILIPPE LEDENT ÉCONOMISTE CHEZ ING À BRUXELLES
"A très court terme (...), si le discours des dirigeants du NFP ne change pas, cela pourrait raviver une partie de la volatilité sur les marchés, même s'il faut rappeler qu'il n'est pas possible que leur programme soit entièrement mis en œuvre".
"À plus long terme, deux réalités s'opposent : d'une part, les partis politiques français semblent avoir beaucoup de mal à faire des concessions. D'autre part, la France est confrontée à des défis socio-économiques majeurs et à des échéances claires, nécessitant des réformes soutenues par une large coalition de partis".
"L'incapacité à concilier ces deux réalités pourrait conduire à une sorte d'instabilité permanente qui finirait par inquiéter les marchés".
BRUNO CAVALIER, CHEF ÉCONOMISTE D'ODDO BHF À PARIS
"La dissolution a introduit un risque politique que le résultat des élections oblige à considérer comme durable jusqu’aux prochaines élections (qu’elles interviennent aux dates normales ou anticipées). La prime de risque française n’a pas de raison de rebaisser au niveau d’il y a un mois quand ce risque n’existait pas".
"Elle aurait plutôt des raisons d’augmenter si le processus budgétaire prend du retard ou si l’orientation choisie éloigne la France d’une trajectoire crédible d’assainissement des comptes publics".
JOHN PLASSARD, DIRECTEUR CHEZ MIRABAUD À GENÈVE
"Une Assemblée divisée en plusieurs blocs sans qu’aucun d’entre eux ne détienne une majorité nette, rend difficile la formation d’un gouvernement (…). Les décisions importantes, telles que l’adoption de lois ou le vote du budget, vont devenir plus complexes et incertaines".
"En conclusion, si les marchés financiers devraient être soulagés dans un premier temps que les extrêmes n’obtiennent pas la majorité absolue à l’Assemblée nationale, il est fort probable que la volatilité remonte d’un cran dans un deuxième temps".
"Aucune réforme d’envergure ne devrait voir le jour ces 3 prochaines années, ce qui signifie que les agences de notation (Moody’s en tête) vont rapidement revoir à la baisse leurs estimations sur l’Hexagone".
ANDRZEJ SZCZEPANIAK, ÉCONOMISTE CHEZ NOMURA À GHENT
"Il est peu probable que le NFP gouverne. Nous nous attendons à ce qu'un Premier ministre centriste/technocrate soit finalement mis en place".
"Les écarts de taux entre l'OAT et le Bund sont susceptibles de s'élargir dans le cadre d'une réaction instinctive et de se situer aux alentours de 70 points de base. Cependant, une fois qu'un Premier ministre centriste/technocrate sera installé et que l'incertitude politique se sera dissipée, nous nous attendons à ce que les spreads OAT-Bund se resserrent à nouveau".
"L'EUR/USD devrait rester dans la fourchette étroite de 1,07-1,09, alors que le marché digère la situation. Nous restons longs sur l'EUR/CHF".
CHRISTOPHER DEMBIK, CONSEILLER EN STRATÉGIE D’INVESTISSEMENT CHEZ PICTET AM À PARIS
"Peu importe la coalition qui s’installera à Matignon dans les jours à venir, elle n’aura aucune marge de manœuvre en raison du déficit budgétaire abyssal de la France".
"Pour renouer avec une trajectoire de déficit crédible, il faudra au bas mot baisser les dépenses publiques de 15 milliards d’euros sur le second semestre. Cela va irrémédiablement comprimer la croissance. La cible gouvernementale se situe à 1% pour 2024. Si on atteint 0,8%, ce sera déjà bien".
ALEXANDRE BARADEZ, RESPONSABLE DE L’ANALYSE MARCHÉS CHEZ IG FRANCE À PARIS
"Les scénarios sont encore assez nombreux après ce deuxième tour mais il est tout de même bon de se rappeler que le stress des marchés financiers observés initialement était généré par les hypothèses de majorité absolue et la mise en œuvre concomitante de programmes économiques jugés peu crédibles".
"Ces scénarios extrêmes étant désormais écartés, la volatilité des marchés, même si elle ne retombe pas complètement en raison de la persistance d’incertitudes politiques, devrait quand même en tenir compte".
LEE HARDMAN, ANALYSTE SUR LES DEVISES CHEZ MUFG À LONDRES
"Il semble qu'il y ait une Assemblée sans majorité et le RN n'a pas fait aussi bien que prévu, alors que les partis de gauche ont obtenu de bons résultats".
"Je pense donc que pour l'instant, il faut attendre de voir ce qui se passe en termes de tentatives de formation d'un gouvernement et de négociations qui tenteront d'avoir lieu dans les prochaines semaines."
ANEEKA GUPTA, DIRECTRICE DE LA RECHERCHE MACROÉCONOMIQUE DE WISDOMTREE À LONDRES
"Nous devrions bénéficier d'un bref répit sur le marché. Je pense que cela devrait donner lieu à un nouveau rallye parce que nous n'assistons pas à l'émergence d'une majorité du RN, mais il est probable que cela conduise à une impasse politique au moins jusqu'à l'automne 2025."
"Il sera très difficile d'aller de l'avant, d'adopter une politique et de mettre en oeuvre des réformes progressistes parce que le vote de chaque parti est divisé et que personne ne dispose d'une majorité absolue. Je dirais que c'est une situation un peu délicate"
"Je pense que les marchés seront heureux que nous évitions cette situation extrême avec l'extrême droite".
MARCHEL ALEXANDROVICH, ANALYSTE CHEZ SALTMARSH ECONOMICS À LONDRES:
"Le résultat est une surprise, l'alliance de gauche faisant beaucoup mieux que prévu."
"Cependant, fondamentalement, cela suggère toujours une période de cohabitation difficile pour Macron et ce sera un défi pour lui de faire avancer un programme législatif fort."
CORNELIA WOLL, PRÉSIDENTE CHEZ HERTIE SCHOOL À BERLIN :
"Tout compte fait, le pari risqué d'Emmanuel Macron n'a pas permis de dégager une majorité parlementaire claire. Il se retrouve maintenant dans la même situation qu'auparavant, dans laquelle son parti n'a pas le soutien nécessaire pour faire passer des propositions législatives ambitieuses".
"Cette situation instable sera désormais la nouvelle normalité jusqu'à l'été 2025, la Constitution interdisant au président de dissoudre à nouveau le Parlement avant un an".
SIMON HARVEY, RESPONSABLE DES DEVISES CHEZ MONEX EUROPE À LONDRES
"Il semble que les partis hostiles à l'extrême droite aient obtenu un soutien important. Mais fondamentalement, du point de vue du marché, il n'y a pas de différence en termes de résultats. Il y aura vraiment un vide en ce qui concerne la capacité de la France à voter des lois."
"Le marché obligataire sera le véritable point d'attention (...) La réaction devrait être minime. S'il y en a une, elle se traduira par une hausse des rendements, une baisse de l'euro et une baisse des actions française".
"La vraie question est de savoir qui sera candidat et qui sera le prochain Premier ministre".
HOLGER SCHMIEDING, ÉCONOMISTE EN CHEF CHEZ BERENBERG À LONDRES
"Ce résultat (projeté) est un grand soulagement pour l'Europe, car l'extrême droite eurosceptique semble avoir fait beaucoup moins bien que prévu."
"Les risques extrêmes ont été évités. L'alliance de gauche, bien que forte, n'est pas proche d'une majorité et (Marine) Le Pen est loin derrière, loin de la majorité".
"Néanmoins, il sera difficile pour la France de former un gouvernement et l'issue potentielle la plus probable est maintenant un arrangement entre des parties de la gauche et (le président Emmanuel) Macron. Cela signifiera probablement que Macron devra changer et que la gauche pourra avoir une certaine influence sur la politique".
"Cela pourrait se traduire par un recul des réformes plutôt que par de nouvelles réformes. Je dirais que le résultat est moins mauvais que ce qu'il aurait pu être. Il aurait pu être bien pire.
"Pour les marchés, les risques extrêmes ont été évités. Et bien que la gauche ait des plans de dépenses inabordables, elle aura besoin d'alliés et ne pourra mettre en oeuvre que certaines de ses promesses".
JAN VON GERICH, ANALYSTE CHEZ NORDEA À HELSINKI
"Si les premiers résultats des élections françaises soulèvent encore de nombreuses questions, les marchés financiers devraient accueillir le vote avec un certain soulagement. Les résultats semblent montrer que les forces les plus modérées s'allient encore au second tour contre les candidats plus extrêmes, ce qui a également des répercussions sur la prochaine élection présidentielle."
"Cela dit, le programme économique de la gauche est à bien des égards beaucoup plus problématique que celui de la droite, et même si la gauche ne sera pas en mesure de gouverner seule, les perspectives pour les finances publiques françaises se détériorent davantage avec ces résultats. Il est donc raisonnable de s'attendre à une hausse des primes de risque des actifs français, même au-delà de la réaction initiale du marché".
BEN LAIDLER, RESPONSABLE DES ACTIONS CHEZ BRADESCO BBI À LONDRES
"Il est évident qu'il y aura un peu de soulagement à constater que l'extrême droite n'a pas été à la hauteur des attentes, mais nous sommes toujours confrontés à la surprise désagréable de voir l'aile gauche faire beaucoup mieux que prévu".
"Cela va probablement mettre un terme à cette tentative de reprise de l'euro et des actions françaises à laquelle nous avons assisté ces deux derniers jours. Cela représente plus d'incertitude d'un point de vue que les marchés avaient peut-être perdu de vue".
"Une mise en garde s'impose toutefois : une grande partie de cette reprise de l'euro n'avait rien à voir avec ce qui se passait en France. Elle a eu beaucoup à voir avec l'affaiblissement du dollar suite à des signes plus clairs de ralentissement de l'économie américaine."
"Il faudra un peu de temps pour digérer tout cela. Mais il s'agira d'un parlement sans majorité. Personne ne pourra faire grand-chose."
KATHLEEN BROOKS, DIRECTRICE DE RECHERCHE CHEZ XTB À LONDRES
"Si la perspective d'un gouvernement d'extrême droite en France a été écartée pour l'instant, les marchés des changes n'accueillent pas chaleureusement l'alliance de gauche".
"Les principales priorités politiques de Mélenchon comprennent l'annulation de la réforme des retraites de Macron, le gel du prix de certains produits de consommation courante et l'augmentation du salaire minimum. Ces politiques pourraient faire frémir les investisseurs".
"Toutefois, d'autres options pourraient être moins négatives pour les actifs français. Tout d'abord, un Premier ministre socialiste, qui aurait une chance de travailler en coopération avec le président Macron".
(Compilé par Dhara Ranasinghe et Harry Robertson à Londres, Reinhard Becker à Berlin et Tom Sims à Francfort ; version française Diana Mandiá, édité par Blandine Hénault)

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